“Adieu dîner odieux”, bacon de table – Libération

Libéré des auteurs pour enfants

Entre Flora et sa purée, la guerre est déclarée. Delphine Bournay marque une comédienne.

Lors du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, Sortie ses pages ouvertes aux enfants et aux artistes ce mercredi, sous la direction de Marie Desplechin.

Ce soir, Papa a cuisiné une très belle purée de brocolis pour Flora, qui n’a pas beaucoup aimé. Et voilà, le dîner commence, en colère, commence à faire le deuil… Un enfant qui refuse de manger, ce moment agaçant mais normal du quotidien, devient la base d’un album irrésistible.

Comment décrire une bonne histoire ? Comment calculer ce « je-ne-sais-quoi » qui fait la différence du livre ? Dans les livres de Delphine Bournay, comme dans tous les chefs-d’œuvre, l’inspiration est invisible. Cela semble facile. Comme une danseuse étoile faisant un entrechat sans faire attention à sa respiration. Comme l’œuf à la coque d’un chef, il apporte des larmes d’émotion au mangeur. Cela semble simple, mais nous ne serons pas dupes. Nous savons que la maintenance simple est la partie la plus difficile. Comme l’a dit l’artiste minimaliste et architecte Ludwig Mies van der Rohe du Bauhaus : “C’est beaucoup moins.”

Lors de la manipulation du texte, une ligne de vie au crayon, on a l’impression de se mettre à hauteur d’enfant. Belle aquarelle. Un espace, des petites décorations et une image solide, laissent toute la place à l’histoire et aux images – un amour de petite fille et un mur de purée vindicative. Au service du dessin, il y a un texte qui change l’histoire en voix et des dialogues en bulles (chaque type a sa propre couleur). L’écriture, impeccable, est une bonne blague : “Le dîner est une telle douleur / Ne me dérange pas!”

moche

Flora ne veut pas manger et son dîner, plus difficile, se met à lui crier dessus. La petite fille ne lâche pas – elle détruit son assiette avant d’avoir fini – donc on ne sait pas qui a été attrapé. Tout est contenu dans cette histoire qui n’est pas enregistrée et joue avec l’implication du lecteur (loin de l’attention des adultes qui le font ailleurs). Flora est méprisée, déçue, en colère, anxieuse, craintive, revancharde, triomphante, pessimiste et heureuse quand tout finit bien.

Les pages de cet album bien ficelé prennent la forme d’une serviette nouée autour du cou de Flora… celles du dos du livre sont barbouillées de vert, fragments d’une bataille sanglante menée sous nos yeux.

Édition

Pour réussir à transformer l’infraordinaire en quelque chose d’extraordinaire, il faut beaucoup de talent et Delphine Bournay n’en manque pas. Artiste, auteur et illustrateur de nombreux ouvrages pour la jeunesse, il publie depuis 2006, dans la collection Mouche de l’Ecole des loisirs, L’importante histoire. Nourriture et mental (Prix des sorcières, “Bibliothèque idéale” du Centre national de littérature jeunesse et Prix Paul Hurtmans de la semaine) ou encore les délicieuses oeuvres de Taupinette et ses amis. la lutte de force un le système d’alimentation. Dans ces histoires toujours vraies, drôles, douces et pas du tout gnangnans, il y a tout ce qu’il faut : des amis, des biscuits, des voyages, des bagarres, un père sourd comme une marmite, de la mauvaise foi et un tas de biscuits pour la rue.

Alors, comment expliquez-vous ce « je-ne-sais-quoi » qui rend le livre unique ? Dans une interview accordée à la télévision britannique en 1982, Roald Dahl (auteur, entre autres, de Charlie et la chocolaterie, Mathilde ou autrement Bon gros géant) explique que, selon lui, écrire un livre pour enfants est plus difficile que d’écrire une nouvelle pour adultes. Lorsque l’histoire est terminée, l’adulte pose le livre et passe à autre chose. Quant à l’enfant, s’il aime l’histoire, il la lira cinq fois, dix fois, quinze fois. Le record devrait tenir après ces relectures. C’est le cas avec ce passe-temps Bonsoir, que l’on dit connue de ses futurs lecteurs. Le dîner ne s’est pas terminé lorsqu’il est mort d’une douleur intense.

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