François Taddei : “Je suis pour l’enfant qui grandit”

Diplômé de Polytechnique, ingénieur des ponts, eaux et forêts (IPEF), docteur en génétique, directeur de recherche à l’Inserm, spécialiste de l’évolution, François Taddei est un produit remarquable du système éducatif français. Cependant, il annonce maintenant sa transition. Non content de mots, il chercha. En 2006, il fonde le Centre de recherche interdisciplinaire (CRI), qui devient le Learning Planet Institute, un lieu dédié aux nouvelles façons d’apprendre.

Comment définiriez-vous le concept d’éducation ?

Je préfère les conseils à l’éducation. Parce que l’apprentissage peut se faire n’importe où, à n’importe quel âge, en tête-à-tête ou sur place. L’éducation est un contexte formel avec un curriculum, un cursus scolaire et différents niveaux hiérarchiques. L’éducation est un lieu où l’on est invité à se retrouver dans le respect de ce genre de travail que je veux indépendant, évolutif et fructueux. Mais il y a beaucoup de douleur en ce moment de cette façon et nous devons nous demander ce que nous pouvons faire pour libérer davantage et permettre aux jeunes de comprendre les problèmes du 21e siècle.

Face à ces problèmes du XXIe siècle, voyez-vous l’école française faire des changements ? Prépare-t-il l’absence de nuages ​​de demain ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas préparé à l’inéluctable du Covid par exemple, qui a de nombreux effets négatifs sur l’apprentissage et la santé mentale des jeunes. C’est aussi un problème pour les enseignants et les familles. Bien que le ministère de l’Éducation nationale soit le premier bailleur de fonds, il est le moins responsable de la recherche, du développement et de la formation, contrairement aux ministères des Finances, de la Santé, etc. Cependant, si vous n’investissez pas dans ce domaine, vous ne pourrez pas grandir. Il y a donc une industrie qui n’est pas prête pour cette possibilité. Résultat : il va de problème en problème et manque de recul et de capacité à réfléchir à son chemin, à son avenir.

L’école doit-elle se remettre de la crise du Covid ?

Toutes les questions et préoccupations doivent être traitées. En Chine, par exemple, le mot problème se compose de deux mots. Le premier est un problème, le second est une opportunité. Pourtant, cette crise nous a tous fragilisés et épuisés, surtout les plus jeunes, mais aussi les enseignants et les citoyens. On ne sait pas se donner le temps d’exprimer les problèmes, les idées qu’on a, et de réfléchir aux solutions. Cependant, cette capacité à penser, penser, agir et partager est importante pour moi afin d’apprendre des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Et la vérité est que nous devrions.

Apprendre à exprimer des idées ne fait pas partie du programme ! Comment développez-vous cette compétence ?

Il faut apprendre à prendre soin de soi, des autres et du monde chaque année. Un des problèmes de l’hypercompétition scolaire est qu’elle donne l’impression que la seule chose importante est la note, au risque d’oublier l’important de la personne, son développement – personnalité, affectif, intellectuel, social. Cependant, montrer plus de concentration vous aidera à mieux réussir. Si vous avez un enfant qui est stressé, agité, qui ne dort pas bien, qui intimide ou maltraite, vous avez un enfant qui ne peut pas bien apprendre ou permettre aux autres autour de lui de faire cette intelligence émotionnelle, comme ce qui s’est passé en Scandinavie depuis l’enfance .

Faire preuve d’une forte volonté vous aidera à en faire plus.

En France, on a des jeunes très anxieux et, en Suède, on a des jeunes qui vont bien, avec de meilleurs résultats scolaires et une société apaisée. Cela ne signifie pas que tout est jeté avec nous. Mais vous devez réfléchir calmement et à distance à ce qui se passe, à ce qu’il faut bien faire et dire ce qui ne va pas. L’un des problèmes les plus importants du système est la responsabilité populaire de la direction, s’il est nécessaire de montrer les problèmes et aussi de trouver des solutions. Nous avons le droit de critiquer le système, sur tous les sujets.

Alors développer des soft skills et moins de connaissances académiques ?

Nous pouvons apprendre avec des émotions. Le livre est plein de façons de les comprendre. On peut les compter pour faire des maths, des sciences. Si nos compétences sont meilleures, nous pouvons obtenir plus d’informations. Les jeunes finlandais ou canadiens sont meilleurs d’une part et bien éduqués d’autre part. Au niveau international, ils sont devant nous. Il faut arrêter d’opposer les deux. Je ne suis pas pour l’esprit vivant ou la connaissance originelle : c’est à l’enfant de grandir.

Pour que ces points de vue soient entendus et exprimés, il est nécessaire d’écouter attentivement les besoins des enfants. Dans l’école républicaine, avec son côté descendant, ces droits sont-ils respectés ?

Bien entendu, les enfants sont les derniers non-ressortissants. De plus, les rôles sont définis par les parents. Ils ne sont pas très respectés; on le sait ne serait-ce que par la violence. Il y a eu beaucoup de progrès depuis un siècle dans les familles, mais l’école va beaucoup plus vite sur ce sujet. Bien sûr, il y a des conseils d’étudiants, des représentants de l’environnement, des lieux où les jeunes sont invités à faire des choses, mais on ne discute pas de projets avec les jeunes. Mais ils ont beaucoup à dire, notamment vouloir en savoir plus sur le changement climatique, leur santé mentale, le numérique, etc. Ils ont besoin d’avoir une voix sur l’école, les intérêts, la société et le monde qu’ils veulent.

On passe alors à un modèle qui privilégie la collaboration à la compétition…

Oui, cette compétition intense pour les marques, puis pour l’économie, l’énergie et les ressources naturelles, nous a ramenés dans le giron, à plus d’usage. Comment sortir de ces cycles destructeurs d’hyperconcurrence et d’hyperexploitation où tout le monde est perdant à la longue ? Nous pouvons sortir de cette situation en travaillant ensemble, dès l’enfance, pour construire ensemble demain.

En France, il existe de nombreuses activités dans les écoles publiques ou d’autres écoles pour favoriser l’interaction sociale. Comment promouvoir l’Éducation nationale ?

Les pays ont évolué pour pouvoir passer d’une analyse du pouvoir et du contrôle à une analyse de la confiance et de la coopération. Ils sont “premiers de la classe” dans le PISA (Programme for International Student Assessment) de l’OCDE. Vous pouvez prendre un pays : Singapour en Asie, la Finlande en Europe et le Canada en Amérique. Chacun a une culture, une histoire et une géographie très différentes. Cependant, ils sont passés d’une approche où tout se place d’en haut à une approche où l’on accompagne le développement des organisations par la recherche et la formation continue. Cela suggère un désir de changement par la communication, en particulier de manière constructive. En France, on s’attend à des réformes de la rue de Grenelle, retombant les niveaux hiérarchiques jusqu’au monde où elles s’affichent partout, sans se faire entendre des ouvriers. Nous croyons et écrivons “liberté, égalité, fraternité” avec l’intention d’atteindre l’égalité. Cependant, nous avons l’un des systèmes scolaires les plus diversifiés du monde développé ! Nous avons donc besoin d’un peu plus bas.

Nous devons donner de l’autonomie aux administrateurs scolaires comme le font les Finlandais. Savez-vous de quoi les syndicats français ont peur ?

Les syndicats craignent que l’indépendance n’entraîne plus d’inégalités et plus de ressources allouées dans certains domaines. Cependant, nous pouvons créer de meilleurs systèmes de comparaison financière aujourd’hui dans les domaines de l’enseignement primaire. Les politiciens nous disent d’investir plus de ressources dans ces domaines, mais ce n’est pas vrai. Bien sûr, nous augmentons les heures, mais nous y envoyons moins de jeunes enseignants ; mieux payer les enseignants de l’école secondaire de la ville. Par conséquent, le coût du logement en centre-ville est plus élevé que celui des zones d’enseignement primaire. Nous devons reconnaître et comprendre que d’autres pays réduisent les inégalités.

Dans votre livre Learning in the 21st Century, vous écrivez que les enfants en savent plus sur les marques que sur les noms de plantes et d’animaux. Quels sont les défis ?

Les enfants doivent apprendre à se rapporter à eux-mêmes et aux autres, mais d’une manière réelle ; Ils sont de moins en moins nombreux car ils habitent plus en ville, ils sont plus sur les clôtures, ils ne sont pas invités à se promener, etc. C’est un problème car nous ne protégeons que ce que nous aimons et nous aimons ce que nous savons.

Nous devons leur apprendre à prendre soin d’eux-mêmes, des autres et du monde

Une autre préoccupation est qu’ils sont bombardés de publicités sur les réseaux sociaux concernant l’intelligence artificielle, qui suit leurs habitudes en ciblant leurs faiblesses. Bien que l’enfant n’ait pas appris à se connaître, la machine le connaît mieux. Cela lui créera des avantages artificiels, qui détruiront cette marque. Dans leur rapport sur la santé des enfants, l’OMS et l’Unicef ​​nous informent du fait que nos enfants sont trompés par la sagesse. Avec ces addictions, nous créons du stress, de la surconsommation et une pollution constante. Cependant, nous devons leur apprendre à prendre soin d’eux-mêmes, des autres et du monde, et à utiliser le numérique à bon escient.

Avoir des écoles dans la nature, à l’état sauvage ?

Entrer en contact avec la nature est important et c’est l’une des façons de le faire. Apprendre, par exemple, si vous allez dans la forêt et êtes invité à vous émerveiller devant sa beauté, il y a un résultat positif. Il est important pour moi de pouvoir renouer avec moi-même, avec sa culture, sa personnalité, ses racines familiales et sa nature pour moi de faire émerger de nouvelles histoires, de comprendre d’où il vient et de bien regarder où sont les autres.

Une interview à retrouver dans notre grand format dédié aux autres formes d’enseignement, disponible en kiosque et sur notre boutique en ligne : https://bit.ly/grand-format-ecole

C’EST POUR LE NOUVEAU

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