La recherche du langage perdu et retrouvé, avec Beata Umubyeyi Mairesse

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Lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2020 pour son premier roman, la franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse s’est imposée comme l’une des grandes voix de la littérature américaine contemporaine. Elle publie son deuxième livre cet automne, confortqui révèle, à travers les mouvements mentaux et physiques d’une vieille femme énigmatique à la peau de bronze, l’existence et les effets profonds sur la vie.

La question de l’existence des langues est au cœur du travail de l’historien franco-rwandais. Beata Umubyeyi Maire. Cette question a une place importante dans la vie de l’écrivain. Il a dit, quand son premier livre a été publié Tous tes enfants sont dispersés, comment lors du génocide de 1994, il a réussi à tromper les tueurs qui ciblaient les Tutsis, en faisant semblant de ne pas comprendre le kinyarwanda, la langue officielle du Rwanda. Cette tromperie lui a sauvé la vie et lui a permis de se reconstruire en France après avoir fui vers son pays natal.

Auteure aujourd’hui d’une œuvre remarquable, composée de recueils de poèmes, de nouvelles et de deux romans, Beata Umubyeyi Mairesse aime à dire qu’elle a corrigé son mensonge par son écriture pour donner à sa langue maternelle une raison de revenir vers lui. Son œuvre se caractérise bien sûr par la volonté constante de l’auteur d’enrichir sa langue d’écriture, le français, de la poésie et du plaisir poétique du kinyarwanda.

Avec son nouveau livre, confort, récemment publié, est plutôt écrivain, faisant de la recherche de la langue maternelle la principale raison de son amour. Le kinyarwanda est devenu, perdu et retrouvé, en tant que protagoniste du livre, tout comme les personnages. ” Vous avez raisoncrédit à l’auteur. Il est un protagoniste. Lorsque vous écrivez, vous ne vous contentez pas de parler. Pour moi c’est un compagnon au quotidien. J’ai deux amis, français et kinyarwanda, deux amis avec qui je sors tous les jours. J’ai appris à lire et à écrire en français. C’est le langage que j’ai inscrit dans le document. Les Français m’ont plus choisi que je ne les ai choisis. Mais d’un autre côté, je n’ai pas quitté, soit dit en passant, le Kinyarwanda qui a toujours stimulé mon imagination et qui est l’un des piliers de mes connaissances. »

être conscient

Pour Consolée/Astrida, le personnage éponyme du nouveau roman de Beata Umubyeyi Mairesse, la langue et les histoires de son Rwanda natal sont les piliers de son identité. A 72 ans, Consolee, connue de ses proches sous son nom européen Astrida, est une mystérieuse et belle vieille femme à la peau de bronze. Lorsque les lecteurs la rencontrent, elle est une veuve mourante dans un Ehpad, quelque part dans le sud-ouest de la France. A cause d’une maladie neurodégénérative, il se souvient peu de son passé, mais son esprit est en proie aux souvenirs de son enfance.

Consolee n’a pas beaucoup d’amis parmi les résidents de la station et passe le plus clair de son temps à se promener dans le jardin de la station, à regarder les oiseaux voler dans le ciel. . Il semblait attendre un signe. Dans une autre vie, son grand-père n’a-t-il pas promis de lui envoyer ses bénédictions par le biais du Sakabaka, l’oiseau totem de sa communauté ? La suite de l’histoire est racontée par l’auteur : Cette femme souffrait de la maladie d’Alzheimer et a perdu la mémoire, a perdu son français et a laissé place à une autre langue dont l’origine était inconnue de tous dans l’établissement et une autre femme est venue ensuite suivre une formation dans cette école, stage d’art-thérapie, qui ouvrira progressivement. l’histoire de la vieille femme Astrida. Et de l’histoire de Consolee, après ça, arrive l’histoire de la présence belge en Afrique. Il fut un temps où des enfants de races différentes étaient placés dans des familles d’accueil alors que leurs parents étaient encore en vie. »

Nostalgie sans fin

Consolée (éd. Autrement, 2022), le roman de la franco-rwandaise Beata Umubyeyi Mairesse © sinon

Consolee est née au Ruanda-Urundi, le nom du pays à l’époque de l’occupation. Racontée en parallèle de sa vie en famille d’accueil, l’histoire des origines du protagoniste est une histoire intense, faite d’abandon, de chagrin et de nostalgie sans fin. Victime des dures lois de la ségrégation raciale, Consolee a été arrachée à sa mère à l’âge de sept ans et confiée à un orphelinat colonial pour enfants métis à Save (Rwanda), tenu par des religieuses. Au début, sa mère vient le voir le dimanche, comme c’est son devoir, avant de terminer un travail qui brisera à jamais le cœur du jeune homme.

L’un des aspects les plus importants du roman est ce que l’on voit chez la vieille femme d’un formateur sénégalais de l’Ehpad qui l’aime beaucoup. Consolee la tenait par les hanches et lui parlait en kinyarwanda, la langue de son enfance. ” Je veux du lait, maman », a-t-il demandé, confondant l’apprenant noir dans sa démence avec sa mère. Il était orphelin quand il ne l’était pas. dit l’écrivain. Il grandira toujours avec la peur de l’abandon. Personnellement, je pense qu’il souffre d’une grave peur d’être déplacé n’importe où et d’être laissé de côté. »

Entre le présent et le passé

confort Une histoire émouvante et lyrique sur la pauvreté, l’exil, le vieillissement. C’est aussi un récit sur l’histoire coloniale et postcoloniale lorsque la vieille Console rencontre Ramata, une enseignante quinquagénaire d’une maison de retraite, venue d’Afrique. La sœur née entre deux femmes amène le Sénégalais à expliquer le mystère de l’origine du premier-né, mais rejoint sa propre histoire d’inconnue, inscrite dans la continuité du conflit et du pouvoir. Car, comme le rappelle la citation de Nadine Gordimer, figurant sur les couvertures de confort : “ Le présent est le résultat du passé. »

La principale raison de cette belle histoire est qu’elle raconte le mouvement de son protagoniste mort à travers le symbole du langage perdu et retrouvé. Métaphores des blessures de l’âme, ces défaillances du langage et de la mémoire dont souffre Consolee sont aussi le signe d’un problème de transmission intergénérationnelle dans notre société.

Et après, l’écrivain s’inquièteet si nous ne pouvons plus parler à nos enfants parce que nous ne parlons que la langue de notre enfance et que nos proches ne la connaissent pas ? »


confort, par Beata Umubyeyi Maire. Pas d’impressions, 376 pages, 21 euros.

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