Le soldat désaccordé : coquillage, accordéon et fille de la lune

Dans son quatrième livre publié, comme les précédents, Aux Forges de Vulcain, Gilles Marchand, avec son style pudique et sa poésie propre, raconte une ou plusieurs histoires d’amour d’entre-deux-guerres dont le but est d’échapper aux survivants.

Dans les années qui suivent la guerre de 14-18, un soldat recherche les hommes disparus et tente de réhabiliter les soldats qui ont été abattus à tort. Un matin de 1925, une certaine Jeanne Joplain lui demande d’aller au restaurant, et lui demande de retrouver son fils Emile.

“A-t-il reçu une lettre, entendu quelque chose, un autre régiment lui a-t-il dit quelque chose pour raviver son optimisme ?
“Il est parti jeune et est mort”

c’est vrai. Le conflit comptait plusieurs centaines de milliers de soldats. Mais ce n’est pas le début d’un chemin.”

C’est une guerre contre la nature humaine

En l’absence d’indices, il faut repartir de zéro en reconstituant la carrière militaire d’Emile et en rencontrant ceux qui l’ont accompagné.

Mais tous ces gens, réconfortés par la douleur de la personne qui leur a posé la question – une main gauche arrachée au début des combats – avaient bien plus à dire : “Tous ceux qui sont venus ont apprécié leur soirée et ont voulu prendre soin de leur famille.”

Comme un puzzle dont les pièces éparses ne forment pas une image claire, le voyage d’Emile et les souvenirs de la guerre se déroulent sous nos yeux. Il n’y a pas de seconds rôles dans ce livre : chaque témoin, à commencer par le narrateur, a une histoire importante à raconter.

Un très bon ami, un rabbin/prêtre, un médecin amateur bordelais, un vieux de contes de fées, un berger allemand… ils parlent d’Emile l’Amoureux.

“L’amour est bien partagé, vous en prenez un morceau, le reste est pour la personne qui vous a raconté l’histoire. La gentillesse est facile. Et pour cela, le plus grand, comme tous ceux qui l’ont rencontré, c’est Joplain. Son histoire est plus que d’autres..

Mais ils racontent aussi la fille de la Lune, les amis perdus, les instants de grâce, les Canadiens, les Amérindiens, Apollinaire et Charles Péguy, les feuilles qui passent, les péchés et les regrets, l’impossibilité de revenir, la paix pour toujours.

Jusqu’à l’incroyable tournure de l’enquête

Pour paraphraser Raymond Davisse, le précieux adjoint de notre police en dit long sur les chiffres :

Numéro du chapitre où l’histoire change : dix-huit. Numéro de page connexe : cent vingt-sept. Numéro de page que vous ne pouvez pas arrêter de lire : deux cent quatre. Nombre de nuits éveillées : une.

Les liens, les contours, le niveau général des souvenirs collectés sont affichés immédiatement.

Les récits et l’histoire se conjuguent pour nous emmener dans ces moments du secret de Gilles Marchand, qui nous garderont connectés à ses personnages, même après la fin de la lecture.

Pour ceux que ça intéresse, le numéro de la page qui cache un hymne final (sur Thanksgiving) : deux cent sept.

Il s’agit de musique

“The Out of tune Soldier” peut être entendu comme lu.

Lors du martèlement des obus qui détruisent l’histoire d’un des témoins (“Il explose partout et lui sourit”, “Et explose partout autour de nous”, “Et explose partout”) réponse “la voie d’Emile, et les mains d’Emile, et les paroles d’Emile, et les mains d’Emile, et la bonté d’Emile.”aussi inébranlable que l’amour (« Vous le connaissez ? Il ressemble à un roi et parle comme un poète.).

Les enveloppes sonnent dans la boîte aux lettres.

Avec une boîte à rythme et l’aide d’un ami violoniste, Gilles Marchand a effectué des lectures musicales de son premier livre, “Requiem pour une apache”.

Il n’est pas exclu que le box-office reprenne du service pour ce nouvel opus. Lisez et, si vous avez l’opportunité de participer à cette expérience unique, n’hésitez pas, allez-y !

Gilles Marchand, Quand le soldat est désaccordéEditions Aux Forges Vulcain, 208 pages, 18€, sortie le 19/08/2022.
Note (c) Couverture du livre

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