Par “Illusions perdues” de Mathieu Gallet


je vaisn janvier 2018, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a démis Mathieu Gallet de ses fonctions de PDG de Radio France. Un homme a été condamné à une peine sévère pour crime d’amour alors qu’il était encore au service de l’INA. C’est-à-dire qu’en pleine campagne présidentielle, il a été blessé par la nouvelle qu’il avait une liaison avec Emmanuel Macron, une très grosse nouvelle dont le président de la République savait bien qu’elle pouvait partir, sans demander au préalable l’avis de la personne à ce sujet, de refuser des affaires. Quatre ans après la tempête, et bien que le second procès réduise fortement sa peine, Mathieu Gallet revient, en jeux de pouvoir, dans ces années de malheur. Être autonome, bourré de détails pertinents dont le rédacteur pourrait se passer “erreurs manquantes” à la première personne décrire avec quelque cœur un petit monde politico-médiatique où la jeune province un temps charmée par l’un des monarques devient, selon lui, une abomination. Gallet montre sa brutalité et son crime sans consentement et s’il garde son sang-froid pour deux de ses mentors, Christine Albanel et Frédéric Mitterrand, il dresse des tableaux terribles. Fleur Pellerin, Aurélie Filippetti, Agnès Saal, Bernard Kouchner et d’autres hommes politiques ou hauts fonctionnaires que Gallet a peu fréquentés, sur les terrains de ce petit drame maison. Emmanuel Macron, dont le faux amant a dit ne pas vraiment s’être rencontré, est comme dans les coulisses, enterré, par ce rejet de la “rumeur” qui a fini par lui donner la valeur, la dernière case.§ Violaine de Montclos

“Jeux de pouvoir”, de Mathieu Gallet (Livre, 324 p., 21,50 €).


> Inédit

“Emplacements”, mode d’emploi

Georges Perec.

Perec a qualifié le projet de“horreur”. Il y a douze lieux à Paris, décrits par de brèves déclarations, deux par an, l’un à titre de description, l’autre par mémoire personnelle. L’œuvre a été répétée en collaboration pendant douze ans, de 1969 à 1980. Chaque texte était conservé dans une enveloppe. C’est 288 enveloppes. Assemblée. Parmi ces lieux, la place de la Contrescarpe, la rue de la Gaîté, Jussieu, Le Mabillon, la rue Vilin où il a grandi… Une tentative humble et titanesque pour capter le “ infra-ordinaire », l’art de passer le temps, de capter le réel et la mémoire. Ce document OVNI est enfin révélé, bien édité, présenté. Il marche sur une jambe, martelant, disparaissant. Un OVNI menaçant dans lequel Perec se tourna en 1975, lassé d’un groupe à investir ailleurs, dans Type de tempsW et mémoire d’enfance. Ces 600 pages, iceberg submergé, sont enregistrées à Paris chaque jour des seventies§ François-Guillaume Lorraine

“Loger”de Georges Perec (Broché, 608 p., 29 €)



> Le sac

L’Odyssée, “Côté B”

“Tu es le mannequin, la femme au foyer, tu es l’indéchirable de ta robe de mariée, tu es la Pénélope têtue…” Brassens chante. Comme c’est souvent le cas avec les faux machos, les hommes dominent la psychologie des femmes. Et si Pénélope n’est pas (seulement) la femme forcée, traînant sa loyauté depuis vingt ans entre un père qui veut la jeter, un fils peu aimant, des accusateurs et un mari violent ? Dans cette culture féminine rebelle, l’histoire est racontée à travers les yeux de Pénélope, ce qui relève plus du rock’n’roll que des rebondissements. . “En fait, je l’aime bien, dit-il pour l’exemple de Télémaque, Je lui souhaite du succès dans toutes ses entreprises, mais pour le moment, je veux avoir une autre guerre de Troie où je peux l’envoyer pour me laisser partir un peu. » Impertinent, drôle et éclairant, c’est la “face B” duOdyssée§ jusqu’à la marine

« L’Odyssée de Pénélope », de Margaret Atwood, traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné (Pavillon Poche, 208 p., 8,50 €)



> Roman

L’amour vient de la tristesse

Marie Modiano.

Qu’adviendra-t-il de Lantos, un enfant abandonné au milieu du désert ? Placé dans un orphelinat, il est élevé par la famille Soidnell. Il y retrouve une sœur, Ulli, un frère, Noël, et un ami, Aberoze, qui sont sa forteresse contre les épreuves de l’enfance. Mais un drame mettra fin au rêve. Composant la forme de l’ellipse et les allers-retours, Marie Modiano tisse bien la vie de Lantos, que l’on voit adulte dès le deuxième chapitre. Il est devenu musicien, jouant sur une vieille mandoline, que son amie Fryda l’a nommé “poids lourd”espérant réussir dans la ville brutale de Vera Sol, où “Il y a du danger à chaque coin de rue”. Sa jeunesse montait en éclats, et les terreurs en éclats de beauté. mur de nuages un lien avec les films de Raoul Ruiz, du fait de sa rêverie et de son étrangeté. On sort de ce livre comme on sort d’un théâtre, un peu lumineux, l’âme occupée par la noirceur de l’histoire.§ serait. JE.

“mur des nuages”, de Marie Modiano (Gallimard, 176 p., 16,50 €)



> Angle polaire

Grosse galère à Papeete

Le Covid est tombé comme un “le tourbillon des ennuis” à Papeete. Les magasins ferment faute de clients. La ville a vu, elle a été détruite, “jeter les faibles”écrit l’auteur à la fin de cette trilogie qui reprend l’idée “noir azur”, une catastrophe pour les enfants dans ce coin de paradis polynésien. Un duo de chercheurs, la journaliste Mamea et la photographe Lilith, une maorie au visage tatoué, s’associent lorsqu’ils trouvent un enfant muet, avec des cicatrices, un cutter artisanal à la main. Dans une décharge voisine, on retrouvera trois cadavres, clairement identifiés par cette arme, et une petite fille, attachée par le cou à un arbre. Descendre dans le purgatoire de l’île de Gauguin, où l’environnement – drogue, richesse, arnaqueurs – est vu à la lumière de la “Ne pas” (le mot principal de Guirao), où les enfants sont perdus, où l’on veut donner aux travailleurs “nourriture pour chien”… Cette ultime recherche de Guirao est à l’image de ses textes, puisqu’il compose des chansons (Obispo, Birkin) : tristesse et joie se mêlent.§ Julie Malaure

“Dark Shore”, de Patrice Guirao (“La Bête noire”, Robert Laffont, 360 p., 19 €)



> Roman

Mais non? Messie!

Gérald Bronner.

De formation française sans diplôme, Jeff Jefferson est tiré de sa torpeur par un coup de fil aux allures de bâillon. Des membres de la New Day Church, des protestants évangéliques du type sur lesquels Jeff avait publié une thèse vingt ans plus tôt, l’ont approché pour servir de conseiller scientifique à leur émission de télé-réalité. « Pour eux, Jésus est revenu […], il est là, quelque part. Il lui suffisait de l’obtenir. Parce qu’il ne savait probablement pas qu’il était Jésus et donc qu’il n’était pas connu des hommes. » Quoi de mieux que les yeux de Big Brother pour voir ce nouveau Messie ? Treize candidats sont fils (ou filles !) de Dieu. Publiés 24h/24, ils sont soumis au vote des téléspectateurs. Alors, qui est le nouveau roi du monde ? L’homme politique Gérald Bronner explore le rôle de la télé-réalité et explore le lien entre l’obsession moderne du savoir et l’ancien besoin de croire en Dieu. Il montre aussi un vagabond, calqué sur le héros Houellebecquien, dont la fragile humanité nous touche.§ ruban elise

“Comme des dieux”de Gérald Bronner (Grasset, 304 p., 20,90 €)


Eric Dessons/JDD/SIPA – Francesca MANTOVANI/Gallimard/Opale – RETMEN/SIPA

Leave a Comment

%d bloggers like this: