Physiquement

Ce n’est pas un rendez-vous régulier, comme on peut en avoir toutes les semaines avec son psy, mais à chaque fois je bute un samedi en début d’après-midi au petit volume de “l’épicurieux” Marc Danval, décédé. La semaine dernière, à l’âge glorieux de 85 ans, une vague d’excitation m’a léché le dos et ma voiture s’est instantanément transformée en juke-box pour remonter le temps. Direction les années 30, 40, 50 ou 60 pour une dose inspirante d’opérette, de be-bop ou de boogie-woogie, mêlée d’histoires et de souvenirs déformés par le tombé dans la marmite du jazz à un jeune âge.

Ses paroles et son jeu d’éternel coquin ont la capacité de vous enchanter et de vous transporter dans des galaxies musicales bien loin de votre habitat sonore naturel. En sa compagnie, on a troqué avec bonheur ses baskets et ses smarts pour une galurine et des souliers vernis. Ces moments arrachés au fond sonore électro-pop de l’époque vont me manquer. Avec sa playlist alimentée de 78’s grésillants, son show est très anachronique et intemporel. L’admirateur de Guitry et Vian s’est vraiment adressé à la troisième oreille, qui est cachée dans le cerveau et répond au sentiment vrai et magique d’une voix magique qui vous raconte une jolie histoire.

© Nation

Le type d’ancêtres qui a toujours prévalu si l’on en croit l’intérêt croissant pour la lecture à voix haute, peut insuffler un nouveau souffle à la littérature, et peut-être la sauver du vaisseau numérique des autres prédicteurs. Ce ne serait pas une fête du livre aujourd’hui sans son cortège d’acteurs célèbres venus lire des extraits de contes. Un drame de la parole qui attire le public, désireux de vivre une expérience collective qui rappelle le choix du public ou ces œuvres anciennes qui fédèrent une communauté autour d’un récit conférencier.

Le plus remarquable à cet égard est le succès inattendu des livres audio. Après les CD d’Audiolib faisaient de longs trajets en voiture avec la fatigue en même temps pour “rattraper” l’un ou l’autre qui n’avait pas le temps de lire au moment de sa sortie Maintenant, on assiste à une nouvelle affaire. guerre dans ce domaine, non pas entre les éditeurs comme prévu mais entre les Gafas. Audible, la filiale d’Amazon, domine désormais un marché de 5 milliards de dollars. Mais il peut monter à 35 milliards de dollars d’ici 2030 selon le cabinet Grand View Research, précisé par l’AFP. Un trésor qui suscite l’intérêt d’autres poids lourds du Net, pressés de trouver de nouveaux magasins pour changer leur fonctionnement et s’ajouter à des facteurs économiques encore fragiles. Après Apple, c’est au tour de Spotify d’entrer dans la mêlée. La plateforme vient d’annoncer le lancement d’une offre audio (payante) avec une liste de 300 000 titres.

Le passage du langage silencieux au langage parlé dans le monde de l’imprimé n’a pas seulement changé les normes de la chaîne du livre, il a également affecté notre rapport à la lecture. Nous sommes utilisés depuis l’invention de l’imprimerie et de l’alphabétisation de plus en plus silencieuse, pour nous-mêmes. C’est une forme de pensée qui est symbolisée par le tableau La Jeune fille lisante de Fragonard. On en oublierait presque la “voix, lecture sociale avant la voix, lecture rapprochée, mise en son coeur du coeur”, selon l’avis de Peter Szendy, auteur de Pouvoir de la lecture – De Platon au livre électronique, se remémorant sur Télérama ( Découverte). ).

Cela indique-t-il aussi les raisons du regain d’intérêt pour la littérature ou peut-on y voir avant tout comme une conséquence importante de notre difficulté croissante à envisager un métier qui nécessite de mesurer l’esprit, au profit d’un plaisir, plus amusant ? Pose la question…

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